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Commémoration du 8 mai 1945

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Discours d’Olivier Thomas, maire de Marcoussis, lors de la commémoration du 8 mai 1945.

Monsieur le président de la Fnaca, Monsieur le Chef des pompiers, Mesdames et messieurs les élus, Mesdames et Messieurs, Chers enfants du CME et de la chorale du collège, Chers Jeunes Sapeurs Pompiers, Chers enfants,

Tout à l’heure en rentrant chez vous, les enfants, vous prendrez un calendrier et vous observerez qu’à la date du 8 mai figure la mention « Victoire 1945 ».

Nous sommes ici pour cela.
Réunies au pied de notre monument aux morts, toutes les générations. Celles et ceux qui ont connu cette guerre, la plus meurtrière de toutes les guerres. Celles et ceux de la génération suivante, du baby boom, de la reconstruction de la France et de l’Europe, celles et ceux d’aujourd’hui qui se débattent dans cette société aux repères abimés et celles et ceux de demain, vous les enfants.
Nous sommes ici pour cela.
Pour mémorer ensemble… pour commémorer.
Pour nous rappeler les noms et parfois les visages de ceux de Marcoussis, dont les noms s’envoleront tout à l’heure, dans cet appel aux morts, comme autant de petits cailloux blancs sur un chemin que l’on voudrait de paix.

Nous sommes ici pour cela.
Pour nous dire que jamais cela ne doit se reproduire. Pour que vous les enfants, beaucoup plus sages et plus instruits, vous œuvriez demain ensemble à cette paix durable et universelle.

Victoire 1945.
Mais de quelle victoire s’agit-il réellement.
Est-ce comme en 1918, une victoire sur les allemands, nos frères d’Europe, eux-aussi touchés par la fièvre nationaliste ?
Est-ce simplement une victoire militaire comme on célébrait jadis Orléans, Rocroi ou Austerlitz ?
Est-ce comme Valmy, une victoire sur l’ancien monde, une victoire de la République sur les monarchies vieillissantes ?
Non. Le 8 mai 1945 est bien plus que cela.
C’est la victoire de la Démocratie sur la dictature.
C’est la victoire de la Liberté sur l’oppression.
C’est la victoire des Lumières sur l’obscurantisme.
C’est la victoire du Patriotisme sur le nationalisme.
C’est la victoire de l’Espoir sur la terreur.
C’est la victoire de l’Amour des autres sur la haine de l’étranger. La victoire de l’humanisme sur le racisme et l’antisémitisme.

Nous sommes ici pour cela.
C’est parce qu’ils ont vécu cette terrible guerre, qui fit près de 70 millions de morts, l’équivalent de la population française, que les dirigeants européens, au lendemain de cette guerre, ont décidé de construire l’Europe.

L’Europe c’est la Paix.

L’Europe c’est la Paix. Engoncés dans nos petites certitudes nationales, ballotés par la crise économique si dévastatrice, aveuglés par des aléas conjoncturels, ignorants de notre passé si terrible, nous l’oublions.
Nous oublions l’essentiel.
L’Europe c’est la Paix.

Bien sûr l’Europe, celle que nous souhaitons tous, l’Europe des peuples, l’Europe démocratique, n’est pas au rendez-vous de nos attentes. Elle ne protège pas comme elle le devrait de la mondialisation financière. Elle ne nous donne pas un cadre social unique. Elle assèche davantage qu’elle arrose notre industrie et notre agriculture…

Bien sûr nous devons, vous les enfants, devez la construire enfin cette belle Europe, démocratique, Europe sociale, Europe de la défense, Europe de la culture.

« Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts » disait Isaac Newton. Sûrement parce que les murs sont plus faciles à construire…

Il est aussi plus facile lorsque quelque chose ne fonctionne pas dans notre pays de dire que c’est la faute de l’Europe que de s’employer à la changer cette Europe.
C’est pourtant notre chemin.

Le populisme et le nationalisme mènent au chaos, toujours. Il n’y a pas d’exception dans l’histoire.

Et pourtant la candidate du national-populisme, du petit repli sur soi, de la haine ordinaire, a fait hier près de 40%.

Comme si justement, on ne retenait pas les leçons de l’histoire.

Evidemment, nous avons changé d’époque et de siècle. Evidemment les discours de haine et d’exclusion sont dorénavant édulcorés, bien lissés par des communicants habiles et camouflés derrière des sourires de campagne et des gentils selfies.
Mais je vous le dis, le fond est là. La vieille rengaine qui accuse l’étranger, qui fustige l’autre, qui attise la peur permanente.
Un chien qui mord est un chien qui a peur.

Les leçons de l’histoire sont justement celles de ce 8 mai 1945. Ce jour de liesse où l’Europe entière se libère par la chute du nazisme. Ce jour où la chape de plomb disparaît laissant place à une incroyable énergie de reconstruction.
Ce jour où la peur laisse place à l’espoir.

Voilà la tâche qui est devant nous, face à la peur, face à la méfiance, face au dépit et au découragement :
La reconstruction de l’espoir.
Cette tâche semble peut-être immense et inaccessible ?
Mais cela n’est rien comparé à celle à laquelle se sont attelés, au lendemain de la libération les européens.
Reconstruction physiques des villes entières rayées de la carte par les déluges de bombes ;
Reconstruction sociale avec un élan de solidarité et d’entraide qui accouchera de la sécurité sociale d’Ambroise Croizat,
Reconstruction démocratique avec cette formidable envie de servir le collectif plutôt que de céder à l’individualisme et au repli sur soi que ces 6 années de plombs avaient généré ;
Reconstruction d’avenir avec la structuration des réseaux, électriques, ferrés, routiers…

Et nous ? Alors que nous n’avons jamais été aussi riches, alors que des outils modernes devraient permettre davantage de communication et de réactivité, nous n’arriverions pas à relever le gant de ce défi ?

Nous ne partons pas de rien. L’Europe est une belle idée.
Il nous faudra la faire fructifier pour qu’elle redevienne une espérance offerte au monde. Multiplions les échanges, connaissons nous davantage, préservons ensemble notre planète, rencontrons nos voisins, nos voisins de palier, de rue, comme nos voisins d’Europe et du monde.

L’Education est l’arme la plus puissante que nous pouvons utiliser pour changer le monde, disait Nelson Mandela.
Voilà notre chemin, voilà notre force. Voilà ce qui fait que l’homme n’est pas tout à fait un animal comme les autres.
Certes il est capable du pire et cette guerre en est la preuve, la guerre la plus meurtrière de toutes les guerres.

Il est capable d’Oradour et de cette église de l’horreur.

Certes il est capable de l’indicible, de créer justement une inhumanité telle qu’Auschwitz dont le nom est symbole de ce que l’homme n’est plus homme.

Mais il est capable du meilleur.

Il est capable comme Manoukian de pardonner au peuple allemand au moment même de son exécution.

Il est capable comme Picasso d’envoyer à la face du monde un Guernica plus puissant que toutes les bombes qui s’abattirent sur ce petit village basque.

Il est capable comme René Char terré au fond d’un maquis résistant en 1943, alors que les combats quotidiens portent leurs lots de tristesse, d’effroi et de disparition de ses camarades, d’écrire :

« Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté. »

Tout à l’heure en rentrant chez vous, les enfants, vous prendrez un calendrier et vous observerez qu’à la date du 8 mai figure la mention « Victoire 1945 ».